REDLIPS

REDLIPS

Redlips (née en 1994)

Redlips ou l'exaltation de la femme

 

Si les peintres masculins ont depuis très longtemps pris la femme pour objet de leurs compositions, qu'en est-il du regard des femmes sur leur propre corps, leur propre sexe ? Y a-t'il, entre leurs deux approches, une différence significative ?
C'est à ces questions – rendues plus pressantes par la modernité – que Redlips tente de répondre, tableau après tableau, avec la sincérité de sa jeunesse.

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Autodidacte revendiquée, elle n’en a pas moins bénéficié d’une constellation familiale très favorable aux arts de l’image (père peintre, mère photographe). Mais si l’imitation entre dans tout apprentissage, si le désir – de peindre – appelle l’acquisition des moyens de sa réalisation, encore faut-il éviter l’écueil de l’indécision, se démarquer rapidement de ses aînés pour affirmer sa personnalité. C’est ce qu’a su faire Redlips avec une maturité étonnante, au point que l’on peut d’ores et déjà reconnaître sa signature sans que celle-ci ne soit inscrite sur la toile. Ce n’est pas pour rien qu’elle a déjà participé, après seulement quatre ans de travail, à six expositions collectives, dont une à la prestigieuse galerie marseillaise David Plukswa.

Exception faite de ses natures mortes en aplats – genre auquel tout peintre s’est un jour confronté et qu’elle revisite avec un sens « matissien » de la couleur -, sa principale thématique est la déclinaison obstinée du corps féminin. Moins le visage, qu’elle schématise habilement, insistant sur la disproportion des yeux et des lèvres – rouges, évidemment –, que le dessin sinueux et ondulant de leurs formes qu’elle souligne de noir. Une impression de froideur se dégage de leur nudité d’albâtre, dans un intéressant contraste avec le fond, souvent monochrome, et les éléments familiers du décor dans lequel elle situe ses modèles. Car si Redlips part d’une image photographique, c’est pour mieux la redéfinir selon ses propres critères, jusqu’à sa fixation définitive à l’acrylique sur la toile. Figurative, certes, mais avec une touche d’abstraction. Comment ne pas songer à Picasso dans ce processus de transformation pictural qui élève le particulier jusqu’à l’universel ? Si le maître catalan est, bien sur, l’une de ses grandes références (elle lui a d’ailleurs dédié un tableau), son admiration va à Paula Becker, artiste allemande pré-expressionniste qui privilégia dans ses nombreux portraits toutes sortes de visages féminins. Sous cet angle-là, Redlips n’est-elle pas l’une de ses lointaines héritières ?

Ainsi s’élabore, depuis ses premiers dessins en noir et blanc jusqu’à ses tableaux les plus récents, une geste toute personnelle qui exalte, non sans intentions politiques, les mutations et la beauté du corps féminin. Il faut avoir vu sa série Les culottées – où Redlips a fait poser quelques-unes de ses amies en petite culotte – pour mesurer l’audace et l’humour dont cette jeune plasticienne est capable. Une manière de parler du quotidien des femmes à travers le prisme de leur intimité. Gageons qu’elle nous réserve bien d’autres surprises, tout aussi agréables, pour les années à venir.

Jacques LUCCHESI (critique d’art)

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